Il arrive à contre temps
Mais il est le bienvenu,
Son âge défie le temps
Et son nom m'est inconnu !
Il met pas toujours le ton
Et quand tu l'interpelles,
Attention à ses façons
Dans le pays on l'appelle :
 
L'indien, l'indien, l'indien, c'est ça !
 
Il raconte à qui le veut
Des histoires incroyables,
Qu'il est lui le fils des dieux
Et les autres ceux du diable !
Si ce soir il vient chez toi,
Mets-lui donc le fût en perce,
Laisse-le parler pour trois,
C'est sa manièr'de tendresse !
 
L'indien, l'indien, l'indien, c'est ça !
 
On le traître de fainéant
Ou bien de vieil ivrogne,
Mais écoute le un instant
Oublie donc un peu sa trogne !
Il a le regard profond,
Celui qui rend triste les filles,
Et la voix grave des vallons
Où il traîne ses guenilles !
 
L'indien, l'indien; l'indien, c'est ça !
Il insulte les bourgeois,
Les traite plus bas que terre,
Et s'il éclate parfois
C'est de voir un militaire !
Il invective, il blasphème
Les religieux qui torturent,
Et il jette l'anathème
Sur ceux qui tuent la nature !
 
L'indien, l'indien, l'indien, c'est ça !
 
N'essaie pas de faire comme lui !
Ne te paye pas un délire,
Pour vivre comme il vit
Faut avoir quelque chose à dire !
Un jour il s'en ira bien,
Voir ailleurs le temps qu'il fait,
Ferm'ra sa porte au matin
Et puis jettera sa clef !
 
L'îndien, l'indien, l'indien, c'est ça !
 
Plus d'indien à l'horizon,
On s'inquiètera un peu,
Encore un coup des teutons
Ou bien pourquoi pas des dieux !
Il y aura même un chrétien
Pour dire que c'est lâcheté
De ne pas laisser aux chiens,    
Un petit os à ronger.
            
L'indien, l'indien, l'indien, c'est ça !
L'indien, l'indien, l'indien, s'en va !