Là, Nicolas Poussin    
Ne peint pas le matin,
Dans l’ombre qu’il étend
C’est le soleil couchant.
Il place des bergers     
Devant un lourd tombeau
Et de sombres rochers
Dominent le tableau.    
Et in Arcadia ego.      
 
Elle s’est appuyée     
Sur un autre berger,
Mais ils se sont figés
Le temps s’est arrêté.
Quand ils ont aperçu
La trace de ces mots,
Dessus la pierre nue,
Gravé sur le tombeau :    
Et in Arcadia ego.    
 
Que veux-tu Nicolas,
Nous dire par cela,
Laisser comme message
Pour nous gens d’un autre âge ?
Est ce que le mort nous crie    ,
Hors de ses oripeaux ,
Qu’il est au paradis
Et que là tout est beau ?
Et in Arcadia ego.    
Ou bien est-ce encor’
Par la voix de la mort
Que ces mots là sont dits ?
Enfer ou paradis
Tous ces lieux sont ici.
C’est ici tout de go
Qu’il faut faire sa vie
Sans attendre Godot.
Et in Arcadia ego.
 
Exister sans gourous
Qui nous promettent tout
Mais demain, mais plus tard,
Exister sans retard,
En dépit des croyances,
Eviter les errances
Les survies de bistrots,
Exister illico.
Et in Arcadia ego.
 
Si les bergers sont tristes
C’est de saisir d’un coup
Que la mort, elle existe,
Toujours et n’importe où.        
Inutile de l’aider
Avec de longs couteaux,
De fumeuses idées,
Elle aura notre peau.
Et in Arcadia ego.
Tes bergers d’Arcadie
Viennent de voir soudain
Ce qu’il y a de folie
Dans tous ces espoirs vains.
Ca les secoue un brin,
Leur fait froid dans le dos.
Nous n’avons qu’une vie
Que j’aime ton tableau.
Et in Arcadia ego.